Et si on arrêtait de parler de « relation toxique » ?

Je remarque à quel point le terme « relation toxique » est aujourd’hui devenu courant. Je comprends ce qu’il cherche à nommer : la douleur, la confusion, parfois la violence vécue dans certaines relations.

Et pourtant, ce mot me met souvent mal à l’aise. Non pas parce que la souffrance relationnelle n’existe pas — elle est bien réelle — mais parce que ce terme, tel qu’il est souvent utilisé, simplifie des dynamiques humaines profondément complexes.

Une personne n’est pas toxique.

Dans ma pratique, je fais le constat suivant : une personne n’est jamais réductible à ses comportements dans une relation donnée. Elle a des qualités, des ressources, une capacité d’aimer. Elle peut d’ailleurs être aimée ailleurs, et vivre des relations beaucoup plus ajustées dans un autre contexte.

 Ce qui pose problème, ce ne sont pas les personnes en elles-mêmes, mais les comportements qu’elles manifestent dans certaines relations, souvent en lien avec leurs blessures émotionnelles, leurs peurs et leurs mécanismes de protection.

Je préfère parler de comportements douloureux, ou parfois même de comportements “tordus”. Non pas au sens moral du terme, mais au sens de non alignés : le corps, le cœur et le mental ne vont pas dans la même direction. Quand une personne est coupée de ses besoins profonds, de ses émotions ou de ses limites, ses réactions relationnelles deviennent souvent confuses, rigides ou blessantes — pour elle comme pour l’autre.

Les relations révèlent ce qui n’est pas guéri : Une relation est toujours la rencontre de deux histoires. 

Certaines relations viennent appuyer exactement là où ça fait déjà mal.

Ce que l’on appelle « relation toxique » correspond très souvent, de ce que j’observe, à :

  • des blessures émotionnelles non reconnues ou non travaillées
  • des schémas relationnels inconscients qui se répètent
  • des difficultés à poser des limites justes
  • des tentatives maladroites d’éviter l’abandon, le rejet ou la solitude

Dans ces situations, chacun fait généralement « comme il peut », avec les outils dont il dispose à ce moment-là.

Comprendre autrement que par le prisme victime / bourreau.

Changer de regard ne signifie pas excuser ce qui fait mal. La souffrance relationnelle mérite d’être reconnue et respectée. Mais rester uniquement dans une lecture victime / bourreau peut aussi devenir enfermant. Cela soulage parfois sur le moment, mais empêche souvent de comprendre ce qui s’est joué en profondeur. Dans le cadre de mon accompagnement, je propose plutôt de se poser d’autres questions :

  • Qu’est-ce que cette relation est venue réveiller en moi ?
  • Quels besoins n’ont pas été entendus ou exprimés ?
  • Qu’ai-je toléré, espéré, réparé à la place de l’autre ?
  • Quels schémas relationnels se rejouent dans ma vie ?
  • Quelle est ma part de responsabilité — non pas de faute, mais de participation ?

Reprendre sa responsabilité, c’est se redonner du pouvoir.

La responsabilité dont je parle ici n’est pas une culpabilité : C’est une reprise de conscience. Ce que nous ne regardons pas a tendance à se répéter. Ce que nous mettons en lumière peut, peu à peu, se transformer. Sortir du récit « victime / bourreau », c’est souvent :

  • mieux se connaître
  • comprendre ses propres fonctionnements
  • poser des limites plus ajustées
  • faire des choix relationnels plus conscients

Dans le cadre de mon travail, pas d’étiquettes.

Je m’intéresse aux dynamiques relationnelles, aux blessures émotionnelles, aux désalignements internes, et aux ressources propres à chacun pour retrouver plus de cohérence entre le corps, le cœur et le mental. L’objectif n’est pas seulement de comprendre une relation passée, mais de se comprendre soi-même, afin de ne plus rejouer les mêmes schémas et de construire des relations plus vivantes et plus respectueuses.